Un peu de moi

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Mardi 5 février 2008

La poste aux chevaux trouve son origine dans la séparation des chevaucheurs du roi en deux corps distincts : les « courriers de cabinet », courriers royaux, et les « postes assises », à l’origine, des relais installés toutes les sept lieues. Un chevaucheur pouvait effectuer alors près de trois à quatre relais par jour (80 à 100 km). Elle fait son apparition en France à la fin XVe siècle. Telle que mise en place, elle se définit comme une entreprise chargée de mettre des chevaux à la disposition des particuliers ou de certains services publics. Son point d’ancrage est le relais poste. Il s’agit d’établissement installé le long d’itinéraire prédéterminé et doté d’un certain nombre de chevaux, lesquels vont permettrent de couvrir de grandes distances. Les voyageurs n’ont plus à se préoccuper de la fatigue de l’animal, les postillons étant là pour le ramener à son point de départ.

« Une sommation est faite en 1632, par le sieur Chireix, prêtre de l’église du Crot en Auvergne à léonard Boursault, Chevaucheur de l’écurie du Roy et messager ordinaire à Bourges, de recevoir 2 chevaux loués à Paris par ledit Chireix au facteur du dit Boursault. Celui-ci refuse de les admettre, en raison du mauvais état dans lequel ils lui ont été présentés. » Archives Départementales du Cher - Série E 1060.

Le pouvoir royal, par le biais du roi Louis XII en 1506, met le service des relais à la disposition des voyageurs. Ce qui représentait un net progrès. Dorénavant, les voyageurs, les marchandises, et les lettres et paquets vont voyager de concert. Et en 1527, François Ier octroie le privilège exclusif des chevaux aux maîtres de poste de la route de Paris à Lyon. Cela impliquait que tout déplacement devait se faire par l’intermédiaire des Maîtres de poste. La situation politique et la guerre en France, sous Charles IX, va dégrader cette institution. C’est dans ce contexte que le pouvoir royal porte un premier « mauvais » coup aux universités par lettre patente de novembre 1576. Dans ce texte, le roi autorise l’établissement des coches par terre et par eau pour le transport des voyageurs et des bagages de Paris à Troyes, Rouen, Orléans et Beauvais. La royauté cherche ainsi à créer un monopole de transport public à son usage et à mettre les messageries universitaires en concurrence. Auparavant, l’état n’avait aucun contrôle sur le transport du courrier puisqu’il vendait des offices et/ou des brevets à celui qui pouvait les acheter. Et pour ce qui concerne les Universités, le Roi n’a aucun contrôle sur leurs messageries.

Ainsi, jusqu’en 1576, les messageries universitaires vécurent des jours heureux car détentrices d’un monopole de fait, sinon de droit et elles furent suffisamment sages pour se garantir contre certaines concurrences, par exemple en ce qui concerne le transport des prisonniers et celui des sacs de procès tant civils que criminels. De 1420 à 1533, de nombreux arrêts consacrent leurs droits sur ce point et accusent leur tendance au monopole exclusif. Certes, il y eut bien quelques procès entre les universités et les messagers royaux mais ce fut sporadique. On peut dire que ces deux services vécurent en excellente intelligence.

Si la poste aux chevaux rentre dans le domaine du service public, les relais, eux, sont la propriété des maîtres de poste. En contrepartie de l’exemption d’impôts comme la taille, ils ont l’obligation de fournir des chevaux aux transports des lettres et d’avoir toujours un nombre suffisant de chevaux dans leurs écuries. C’est ainsi qu’ils devaient veiller au bon état général de leur cavalerie et par conséquent à vendre et acheter de nouveaux chevaux. Un contrat de vente concernant Jean Changeux, Maître de poste à Neuvy-sur-Barangeon en 1622, en atteste.

« Vente pour le prix de 800 livres, par Jean Changeux, Maître des postes à Neuvy-sur-Barangeon, au profit de guillaume Poupardin, sieur de la Moquetterie, de cinq chevaux dont trois de sous poil bai et un de sous poil noir, ayant crins, queues et oreilles, et un de sous poil gris sans oreille. » Archives Départementales du Cher - Etude de maître Clerjaut (1622) Série E 1753

Au XVIIe siècle, le transport de la correspondance relève autant du domaine royal que des universités. Nul n’est autorisé à transmettre des missives sous peine d’amendes lourdes et parfois de la perte de sa vie. Les universités, les messagers royaux, les concessionnaires de messagerie, ont tous obtenu, en leur temps, leur droit d’exploitation de l’autorité monarchique. Ces « propriétaires » n’exercent pas l’activité acquise par eux-mêmes mais font exploiter leur domaine par des fermiers, lesquels peuvent à leur tour louer leur droit à des sous-fermiers. En effet, le système d’affermage existera jusqu’en 1692, remplacé par la suite par des brevets et permettait aux propriétaires des offices et /ou brevet de louer leur droit. C’était une source de revenu non négligeable mais qui obligeait à avoir d’avance un patrimoine foncier important et des chevaux en conséquences.


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Lundi 4 février 2008

coute1.jpg

L'aut'e, el'vrai Christ! el'bon j'teux d'sôrts
Qu'était si bon qu'il en est mort,
M'trouvant guerdillant à c'tte place, M'aurait dit: " Couch' su'ma paillasse! ... "
Et, m'voyant coumm'ça querver d'faim,
l'm'aurait dit: " Coup'-toué du pain!
Gn'en a du tout frés dans ma huche,
Pendant que j'vas t'tirer eun'cruche
De vin nouvieau à mon poinson;
T'as drouét coumm' tout l'monde au gueul'tonx...


Gaston Couté

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Dimanche 3 février 2008


          Le besoin d’avoir des nouvelles, d’être au courant s’est fait sentir depuis que l’homme a inventé un système de communication.C'est ainsi qu'Octave, devenu l’empereur Auguste fut le véritable fondateur des postes romaines. Les récits de Suétone nous apprennent qu’il fit placer sur les routes militaires des relais situés à courte distance les uns des autres, de jeunes soldats faisant office de coureurs. Ils s’arrêtaient au relais afin de se restaurer et de se reposer pendant qu’un autre soldat muni du message à transmettre continuait sa route. Un siècle plus tard, le cheval remplacera l’homme. La mise en place des Curiosi, (Inspecteurs) permet de surveiller la bonne marche des relais et de la circulation. Cette institution postale reçoit le nom de Cursus Publicus.

        Après la chute de l’Empire romain, la France dispose de multiples liaisons mais sans aucun liens entre elles. La communication reste très parcellaire bien que les pouvoirs publics aient mis en place d’autres moyens de communications. Ainsi, les Missi Dominici de Charlemagne sont pourvus d’une organisation similaire à celle des romains, la France disposera alors de trois axes militaires permettant d’atteindre facilement l’Espagne, la Germanie et l’Italie.

Puis, la volonté royale d’avoir un système de courriers performants imposa les Messagers royaux. Ces derniers étaient payés à la course et avaient pour eux le prestige de la Fonction. Ces « chevaucheurs du Roi », car tel était leur nom, ne portaient que les missives royales et pouvaient aussi se transformer à l’occasion en Ambassadeurs. Les temps rudes de l’époque rendaient cette tache très difficile, les messagers y laissant d’ailleurs souvent leur vie si le destinataire n’appréciait pas le message !

Les Universités avaient elle aussi un système de communication. L’objectif étant de permettre aux étudiants provinciaux et étrangers (les étudiants allemands étaient très présent à l’Université de Bourges par exemple) de pouvoir envoyer des missives et de rester en contact avec leur famille. Ce système va durer très longtemps, d’autant plus qu’il s’avérera rentable économiquement parlant. Et dès 1383, date d’un décret de Charles VI portant sur la création d’un « messager » universitaire dans chaque diocèse, les universités de France vont prospérer et plus particulièrement celle de Paris. L’université de Bourges, quant à elle, ne pris son essor qu’au XVIe, époque de sa création.

Ces messagers jouissent d’une bonne rémunération, fixée devant notaire, et sont exemptés de taille, droits d’octroi et autres taxes. Ces messageries reliaient plusieurs grandes villes entre elles et étaient dirigés, la plupart du temps, par des marchands. Le bail passé en 1656 par l’université de Bourges en témoigne.

J'ai retrouvé aux Archives Départementales du Cher un accord passé entre messire Jacques Chenu, Conseiller du roi, Docteur et professeur ès droit en l’université de Bourges, à présent Recteur de cette université, et prudent hommes François Rousseau, marchand de la ville de Tours,  demeurant alors en la ville de Bourges :

« Ledit Rousseau, par ces présentes, a promis et s’est obligé d’exercer bien et deüment, et au contentement de ladicte université et du publicq, la messagerie d’icelle Université de ceste ville de Bourges en ladicte Ville de Tours et de ladicte ville de Tours en ceste ville de Bourges, pour l’exercice d’icelle messagerie establir par ledit Rousseau bureaux en ceste dicte ville de Bourges et à Tours et partir deux fois le mois, de quinze jours en quinze jours, tant de ceste ville que de ladicte ville de Tours, à jour déterminé et que ledit Rousseau [s’est obligé] à le notiffier et faire sçavoir au publicq par affiches qui seront, a cest effet, aposez es lieux et endroicz necessaires, tant en ceste ville qu’en celle de Tours, et mesme envoiées en tous lieux et endroicz circonvoisins desdites villes, prendre les lestres et pacquez et toutes autres choses qui seront données et mises au bureau desdittes messageries fidellement et promptement en telle sorte qu’il ne puisse y avoir aulcunes plaintes. » Archives départementales du Cher- Série E 2142 Etude de Maître Danjou 1656

        A coté des messageries royales et universitaires, certaines municipalités vont, elles aussi, mettre en place des messagers dont la fonction est étroitement liée à celle d’huissiers ou de crieurs publics. C’est ainsi que la Ville de Bourges, en 1579 va acquérir le privilège de Messagerie du Duc d’Alençon, récemment pourvu de l’apanage du Berry. Les messagers municipaux sont au nombre de cinq : un pour le maire et un pour chacun des quatre échevins. Ils ne sont employés que pour le transport d’objets matériels ou de voyageurs. Je n’ai pas retrouvé la trace d’uniforme ni de marque distinctives, ce qui ne veut pas dire pour autant qu'il n'y en avait pas . En 1622 à Bourges, voilà un exemple de ce que peut faire un messager:

« Acte qui constate que jean Dufour, messager ordinaire de la ville de Bourges, a été chargé par le chanoine Claude Cogny, syndic du Chapître Cathédral, à l’occasion de la prochaine élection du doyenné, de porter une lettre de convocation à Mathieu Perrot, l’un des chanoines capitulants et étudiant par congé au collège de La Flèche ». Archives Départementales du Cher - Etude de maître Cormier Série E1855

La ville de Strasbourg, au XIV siècle, va se munir de deux « messagers coureurs », portant l’uniforme aux couleurs de la ville et prêtant serment, à la fois d’allégeance, de rapidité et de discrétion. Mais là aussi, le risque existe car ils sont souvent attaqués, volés afin de les « départir » de leur messages, voire de l’argent transporté (on constate d’ailleurs que les messages et l’argent empruntaient le même moyen de locomotion, cela d’ailleurs se retrouvera tout au long du développement de l’activité postale.

La naissance de Louis XI à Bourges, le 03 juillet 1423 a beaucoup aidé notre ville à s’épanouir. Il va créé des liaisons entre Bourges et Orléans, Bourges et La Charité, Bourges et Chateauroux, Bourges et Dun le roy. Le commerce se répartissait sur des foires situées à Dun-Le-Roy, Neuvy-Sur-Barangeon, Vierzon et Aubigny. Mais la plus importante restait celle de Bourges.

Dès 1484, aux Etats Généraux de Tours, la ville de Bourges est mise en parallèle avec Lyon et «  après que toutes choses y eurent été meürement considérées pendant deux séances entières, la ville de Bourges fut trouvé la plus avantageuse pour l’établissement du commerce, et le Roy Charles VIII édicta le transfert des deux foires à Bourges qui se tenaient à Lyon. »

Malheureusement, ces foires ne se tinrent que deux fois car l’incendie de la Madelaine de 1487 ruina les ¾ de la ville et le Roy, par lettres patentes de juillet 1498, les transféra à nouveau à Lyon. Pour autant, le transport de marchandises, le commerce prend beaucoup d’ampleur, le besoin de communication est important. Les commerçants se doivent de pouvoir faire transiter leur marchandises rapidement et sûrement. Jacques Cœur, « Grand Argentier du Roy », commerçant et financier avisé, aura lui aussi une messagerie personnelle. Elle lui sera précieuse pour développer son influence dans le pays, ses relations internationales mais aussi pour assurer son évasion. Lui aussi ne refusera pas de faire le messager ou l’ambassadeur pour le roi à maintes reprises.

Les messageries vont donc prendre de l’ampleur. Ainsi en 1587, jacques Chauvignon, messager ordinaire de la ville de Bourges « prend engagement envers Pierre Ferron, escolier au collège des jésuites (Sainte-Marie), lequel estant mal disposé de sa personne et désirant rejoindre sa mère à Lyon, en l’absence de son pédagogue, qui s’est de naguère absenté de cette ville pour le conduire au dit Lyon, à cheval en l’espace de six jours, moyennant treize écus soleil, nourriture comprise… » Archives Départementales du Cher - Série E 1615

De même, on retrouve la trace d’un maître de poste, léonard Boursault au XVII° siècle, sur le parcours Bourges-Paris aller retour.

« Marché conclu en 1658 pour une durée d’un mois, moyennant la somme de 6 livres d’argent et de nourriture, par Pierre Gourd voiturier, qui s’engage envers léonard Boursault, à conduire pendant le dit temps ses voitures de Bourges à Orléans, Paris et autres lieux, aller et retour. » Archives Départementales du Cher Série E 1079

« Déclaration par Christian Leconte receveur général des Tailles en Berry, que le cocher Morette, s’appuyant des ordres de la mairie, a refusé à diverses fois en l’année 1623, de voiturer de Bourges à Paris les deniers de la recette générale. Son refus est motivé en raison des maladies contagieuses qui règnent dans la capitale » Archives Départementales du Cher E 1190 A.D.C

Délibération Municipale de la ville de Bourges du 27 juillet 1623. «  Inhibition et défense sont faites aux cochers d’aller à Paris, et qu’à l’égard du messager à cheval, qu’il y pourra aller sous condition qu’il se chargera seulement de lettres et d’argent, mais point de hardes ou paquets, et quant aux lettres dont il sera porteur au retour, elles seront exposées au feu pour être purgées du mauvais air qu’elles pourraient avoir, auparavant que d’être distribuées …. » Liasse 14 f 188 Série B.B, Archives Municipale de Bourges


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